Guerre commerciale, le péril est en la demeure
Il est rare que les relations économiques et commerciales entre deux ou plusieurs pays conservent toujours le même visage au fil des années. À peine un différend commercial donne-t-il des signes d’apaisement qu’un autre surgit. Considérés depuis longtemps comme un bon exemple de relations commerciales bilatérales, les États-Unis et le Canada sont aujourd’hui à couteaux tirés. La pomme de discorde ? Des tarifs douaniers outre mesure imposés par Washington sur plusieurs produits en provenance du Canada. Comme si cela ne suffisait pas, après les tarifs de 25 % ou plus déjà en vigueur dans les secteurs des mines et du bois, c’est au tour d’une nouvelle grille tarifaire de 50 % d’être envisagée. Ce énième coup porté contre le Canada toucherait majoritairement des produits de consommation courante. Sur cette liste, longue comme le bras, figurent également des matériaux de construction et des produits électroniques.
Du côté du Québec, les effets de cette guerre commerciale ne sont pas sans conséquence sur la sécurité économique de la province. Les statistiques avancées par la Première ministre du Québec, Christine Fréchette, sont alarmantes. Des chiffres qui font froid dans le dos. Ces nouveaux tarifs douaniers touchent près de 8 milliards de dollars d’exportations québécoises, soit plus de 9 % de l’ensemble des exportations québécoises vers les États-Unis.
Pendant ce temps, des chefs d’entreprise québécois concernés par cette situation dorment la peur au ventre, ne sachant pas ce qui pourrait advenir de leurs entreprises et espérant une solution qui pourrait tout changer en leur faveur.
Faut-il vraiment attendre une solution miraculeuse ? Pas sûr. L’époque où les mannes pouvaient tomber du ciel et nourrir les affamés est révolue. Il revient au gouvernement de prendre le dessus en mettant en place des mesures efficaces pour apporter de l’eau au moulin des entreprises québécoises prises au piège des tarifs douaniers américains.
Des mesures d’urgence pour sauver les meubles ! C’est ce que semble avoir compris le gouvernement caquiste. Dans les sphères du pouvoir, l’heure est à la mobilisation générale. Les milieux économique, agricole et syndical, de même que les institutions financières, sont également mis à contribution.
Les deux programmes d’aide destinés aux entreprises ayant des chiffres d’affaires respectifs d’au moins 2 millions de dollars et compris entre 1 et 2 millions de dollars témoignent de la volonté du gouvernement de soutenir les entreprises québécoises mises sous pression par cette guerre commerciale.
Certes, ces mesures peuvent apporter un soutien important aux entreprises. Il n’en demeure pas moins vrai que certaines d’entre elles demeurent vulnérables face à la guerre commerciale.
À moins d’un revirement de dernière minute, tout indique que la guerre commerciale entre les deux voisins est partie pour durer. Les négociations entre les deux camps ayant accouché d’un sourire nain, le gouvernement québécois doit mettre le curseur là où il le faut. Le compte à rebours a commencé. Plus question de se laisser bercer ou amadouer par les propos diplomatiques, aussi séduisants soient-ils, des « anges » de Trump, si le « dieu Trump » lui-même ne montre aucun signe de flexibilité.
L’élan pris par le gouvernement pour soutenir les entreprises doit devenir un « must », jusqu’à ce que les nuages de la guerre commerciale se dissipent dans le ciel québécois.
Depuis le début de cette crise, le gouvernement voit cette guerre comme une manière pour les États-Unis de se positionner en véritable maître du jeu. L’histoire nous enseigne toutefois que l’homme se révèle face aux obstacles. Il appartiendra donc au gouvernement, au-delà des mesures d’urgence déjà mises en place, de réfléchir à des solutions durables et à des mécanismes susceptibles de réduire, jour après jour, la forte dépendance de l’économie québécoise à l’égard des États-Unis.
Retirer l’alcool américain des tablettes de la Société des alcools du Québec ou continuer de pénaliser des entreprises américaines dans les appels d’offres ne sont pas, à eux seuls, des gestes de nature à rééquilibrer le rapport de force ou à faire fléchir Washington dans ses velléités d’expansionnisme économique.
Maintenant plus que jamais, le gouvernement doit parer au plus pressé, car le péril est en la demeure. Agir autrement, c’est exposer le Québec aux caprices récurrents de son voisin américain.

